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Ruy Blas

On peut lire Ruy Blas comme un splendide mélodrame : princesse captive, traître au baiser-poignard, héros chevaleresque, picaresques fantoches, intrigues, passions, retournements…

On y peut voir une parabole politique : royauté décadente et noblesse corrompue ; peuple-génie reconnu par la reine qui en fait son ministre. Le Romantisme n’a cessé de régler ses comptes avec la Révolution, Hugo a entrepris d’en écrire le mythe.

« J’ai dans le livre, avec le drame, en prose, en vers,
Plaidé pour les petits et pour les misérables. »


Quasimodo, Jean Valjean, Ruy Blas sont des héros du peuple et pour le peuple. Le drame hugolien parle au peuple.

Et aux enfants.

A tous ceux qui aiment qu’on leur conte des histoires…

Ruy Blas, un conte de fées ? Le laquais sauvé par l’amour de sa reine, Cendrillon à l’envers !

Un conte initiatique plutôt. Prisonnier des songes, le héros entrevoit en rêve la Fleur de l’Idéal, la « fleur bleue d’Allemagne ». Cette vision le tue et le sauve, car la Reine sauve et tue, ou plutôt tue parce qu’elle sauve. Ruy Blas, l’histoire d’une damnation et d’une rédemption, le Faust de Victor Hugo.

Et si Hugo était le Dante des temps modernes ! Ruy Blas serait alors une figure de l’Homme. L’Homme englué de matière et de fatalité, tapi hagard au creux du gouffre, qui ne peut détourner son œil du petit morceau du ciel resté ouvert au plafond de l’Enfer. Une étoile y scintille, dont il s’éprend éperdument. Mais la lumière de l’astre offense le démon qui a juré sa perte. Le diable manipule alors son homme-lige, le masque et le démasque, le hisse aux portes du ciel pour aimanter l’étoile, puis il les tire tous deux au fond de l’abîme. L’Ange et la Bête s’y affrontent dans un combat cosmique qui prélude la Fin de Satan.

Jacques Bachelier août 2010


L’Homme :
Mon âme ne sera blanche que dans la tombe
Car l’homme, quoi qu’il fasse, est aveugle ou méchant.
Nous sommes au cachot, la porte est inflexible…

L’Ange :
La vision de l’être emplit les yeux de l’homme,
Vous n’êtes pas hors de Dieu complètement…

L’ange extraordinaire, superbe, souriant, descendait.
Tout l’enfer tressaillit.

Satan :
Je suis le bourreau sombre et j’exécute Dieu ;
Dieu mourra grâce à moi.
Oh ! je voudrais broyer l’étoile du matin…

Le chaos éperdu montra sa pourriture,
L’abîme frissonna comme un voleur fouillé.
Et l’on voyait la face effroyable du vide…

Satan :
Hélas ! à force de nier j’ai froid.
L’amour me hait.

L’ange continuait de descendre, splendide,
Dans cet effarement immense de la nuit…

L’Ange :
Ce qui survit de toi, c’est moi, je suis ta fille…
Je viens te demander une grâce, ô maudit,
Ici je ne suis plus qu’une larme qui brille :
Laisse-moi mettre l’homme en liberté.

Hugo, Contemplations, Fin de Satan, extraits


La plus belle langue qu’on ait jamais parlée au théâtre. Rien n’égale la vigueur, la souplesse, le luxe exquis, la solennité pénétrante de ce vers. C’est l’éclat de l’arme et la splendeur du joyau, la flamme qui brûle et la fusée qui éblouit. On sort de là comme d’un concert où toutes les fibres de l’être auraient été caressées.
Paul de Saint-Victor, la Presse 1872


Aux armes, prose et vers, formez vos bataillons !
Grâce à toi, progrès saint, la Révolution
Vibre aujourd’hui dans l’air, dans la voix, dans le livre…
J’ai réhabilité le bouffon, l’histrion,
Tous les damnés humains…
Le laquais, le forçat et la prostituée…

Hugo, Contemplations


Ce spectacle a reçu le soutien de la Ville de Strasbourg, de la Région Alsace, du Conseil général du Bas-Rhin. Co-rélisation Centre culturel le PréO d’Oberhausbergen.