Le Jeu de l’Amour et du Hasard
Le Malade Imaginaire
Le Misanthrope

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Le Misanthrope

« Chaque fois qu’un acteur nouveau prend le rôle d’Alceste, on voit s’élever deux partis. L’un ne peut souffrir sur la scène qu’un parfait et sombre honnête homme. L’autre veut un misanthrope ridicule. Or si l’acteur accuse l’un ou l’autre ton, c’est qu’il ne joue pas le caractère, mais une reconstitution du caractère selon des idées préconçues. Il quitte la vérité pour suivre une erreur logicienne. Molière ne lui laisse pas le choix entre telle ou telle conception personnelle. Il lui impose au contraire de représenter dans le ton, ou plutôt dans les tons que son texte lui met sous les yeux aussi lisiblement qu’une partition de musique. L’erreur est de vouloir isoler par l’interprétation ce que l’auteur a si bien accordé dans l’ouvrage. »
Copeau, Registres II

Qui est Alceste ? Un misanthrope, c’est entendu, noble, affligé d’un procès, amoureux d’une coquette. Mais quel âge a-t-il ? Est-il de robe ou d’épée ? Habite-t-il Paris ou vient-il de province ? Sa misanthropie est-elle mûrie d’une longue réflexion, ou seulement la marque d’une dépression passagère ?

Autant de questions sans réponse…

Il y en a d’autres : depuis quand fréquente-t-il Philinte ? Quel est exactement ce procès qui semble tant le tourmenter ? etc.
Parlant de la scène d’exposition du Misanthrope, Jouvet se disait fasciné par « tout ce qu’elle a d’énigmatique, d’inexprimé, par tout ce qui est derrière la scène. C’est un monde que cette scène-là ! » Il ajoutait : « Personne ne sera jamais Alceste. Impossible à incarner à cause de sa nature de héros. Destruction du personnage par incarnation réelle. »

La grandeur d’une oeuvre de théâtre réside en ses énigmes. Plus qu’aucune autre pièce de Molière, Le Misanthrope est truffé de mystères. Il y a quelque chose de mal élevé, d’inélégant, à vouloir trop les élucider. Bien sûr l’acteur, le metteur en scène, mèneront leur enquête. Mais qu’ils se gardent d’en trop faire voir les résultats. Plus que des choix, qu’ils se contentent de marquer des préférences. Je déteste les interprétations explicatives.
En remettant sur la scène ce chef-d’œuvre absolu qu’est Le Misanthrope, nous nous garderons donc d’en proposer une « vision ». Nous tenterons seulement de faire résonner une nouvelle fois cette partition admirable, d’en faire ré-entendre le texte avec la finesse requise. Nous ne figurerons que ce que Molière a voulu qu’on figure, préservant le plus possible les « zones d’ombre ».
Que chaque spectateur soit libre de se faire son histoire…


Ce spectacle a reçu le soutien de la Ville de Strasbourg, de la Région Alsace, du Conseil général du Bas-Rhin, de la Communauté de communes de la Haute-Bruche.
Co-rélisation Centre culturel le PréO d’Oberhausbergen